Thomas Moësl

De Sable et d'Eau

2023

Texte Laurent Devèze, mise en son Thomas Moësl

Le tout est de savoir jeter l’encre:

Ce curieux récit s’est imposé à moi, en moi plutôt, durant ces journées d’accablement où le thermomètre avoisinait les 40°. Et cela dura. La mer était notre unique consolation, réparation peut-être. Alors que le conte se déroulait, j’eus l’impression très nette d’être davantage au service d’une voix que la source scripturaire d’une histoire. Bien moins en position de maîtrise, qu’habité. Pas seulement auteur en tous cas.

Qu’on se rassure. D’ordinaire je ne fais pas tourner les tables et j’ai la mystique hésitante des gens d’aujourd’hui. Seuls les relents d’une éducation foncièrement hellénophile, sauve mon ensemble d’une rationalité par trop technologique. Or donc, je me suis rêvé rhapsode bien plus qu’écrivain. Dans ces conditions, rien ne m’a semblé plus évident que de vous proposer ce texte à l’oral : il s’agissait pour moi avant tout de vous le raconter. D’échapper à l’écrit, à l’édition pesante d’une parole si vivante que la publication aurait sans doute polluée ou pire, empêchée.

Alors, va pour ces embruns que vous vivrez au grand large, en une seule bouffée, ou, petit à petit, façon thalassothérapie. Espérant sincèrement qu’une telle écoute vous requinquera et saura tendre vos voiles jusqu’à l’extrême. Pour les très rares aficionados qui tiennent à l’écrit comme à une jetée rassurante, ils devront se contenter d’une modeste bouée : la possibilité ( sur commande auprès de l’association / voir plus bas ) de recevoir le fac-similé du brouillon du conte, le premier jet de De Sable et d’Eau, dédicacé évidemment comme pour me faire pardonner. Difficilement déchiffrable, mais tout chaud, puisé juste au sortir de ma main. La chose est quasiment illisible et fort raturée. Mais seule cette écriture quasiment instinctive ne trahira pas trop cette voix obsédante qui n’en finit pas de me hanter et dont j’espère simplement que son fantôme vous devienne également revenant.

Soudain là, exactement là, sur ma terrasse, une mouette insolente et goguenarde tente de m’apprivoiser. La mer, à cet instant précis, toujours.

Source: https://www.hamadryades.org/

De Sable et d'Eau