

Beffroi et parcours hors-les-murs, Montrouge - 2026
Installé à Roubaix, où il vit et travaille dans un ancien monastère de sœurs Clarisses, Thomas Moësl développe une œuvre dont l’ascèse radicale façonne chaque geste. Accompagné par La Malterie art visuel (Lille), il construit un travail exigeant où le son, la sculpture et la céramique s’entrelacent pour composer une véritable cosmologie perceptive. Sa posture, d’une sévérité presque monastique, confère à sa démarche une intensité rare : il y articule l’ascèse du chercheur et la vision du mystique, dans un dialogue constant entre science et incantation, rationalité et rituel.
Formé à l’ISBA de Besançon, Moësl conçoit des environnements immersifs où la vibration sonore devient matière. Ses installations, de Vita Contemplativa à Zone blanche, de Genesis II.0 à Ornement, toy et lien divin plongent le spectateur dans des expériences qui convoquent aussi bien le corps que l’imaginaire. Ici, le son ne se réduit pas à l’audition : il construit un espace, modèle un rapport au temps, transforme la perception en état de conscience. La céramique occupe une place essentielle dans cette recherche. Utilisée comme résonateur, amplificateur ou module sonore, elle s’impose aussi comme objet plastique, rituel et sculptural. Par ce double statut fonctionnel et esthétique, la terre façonnée devient partenaire du son, matérialisant le lien entre la densité du matériau et l’immatérialité des vibrations.
L’univers de Moësl s’ancre également dans une filiation stylistique précise : le gothique et l’art décoratif. Dans ses dispositifs, on retrouve l’écho des architectures verticales, des structures en réseau, des systèmes d’ornementation qui renvoient à l’assemblage minutieux de motifs. Cette dimension formelle ne se limite pas à une citation esthétique : elle sert à penser la manière dont le son et la matière se déploient comme des architectures invisibles, faites de strates et de résonances.
Parallèlement, il appartient à une génération d’artistes post-internet. Ses œuvres s’inscrivent dans un contexte marqué par la circulation permanente des images et des sons sur les réseaux sociaux, et par l’hybridation des modes de réception. Moësl articule cette logique numérique avec des expériences physiques et immersives : ce double ancrage lui permet de relier la culture en ligne à des formes perceptibles dans l’espace, de prolonger la diffusion digitale par des dispositifs incarnés. Ses résidences et collaboration de Dunkerque à Paris, de Besançon à Roubaix montrent sa volonté de créer des espaces partagés, collectifs, mais toujours traversés par la rigueur radicale qui le caractérise. Cette tension féconde entre austérité et ouverture, entre retrait et immersion, fonde l’originalité de sa démarche.
L’œuvre de Thomas Moësl relie ainsi le spéculatif et l’organique, le gothique et l’ultra-contemporain, la matérialité de la céramique et l’immatérialité du son. Elle esquisse une cartographie des perceptions où l’art devient cosmologie vécue : un monde de résonances qui interroge nos certitudes et ouvre l’imaginaire.
Textes par Henri van Melles
2026
Gravure sur plaque de plâtre BA13, 90 x 125 cm


2025
Structure en acier, lampe œuf, soufflage de verre et couverture de survie, 230x50cm
En collaboration avec Maxime Rosseel, souffleur de verre


2025
Installation sonore multicanale et spatialisée, sculpture en céramique, dimensions variables




2024
Acrylique sur toile et structure en acier, Ø100cm

2024
Acrylique sur toile et structure en acier, Ø60cm

2023
Variante de 'Jusqu'ici tout vas bien', présentée dans le parcours hors-les-murs du 69e Salon de Montrouge, en 2026.
Fenêtre sur jardin, composition sonore diffusée dans la sphère,1h.
Suspendue dans le kiosque, la sphère diffuse une composition qui relie le jardin extérieur à la contemplation intérieure. Le pavillon ouvert devient un espace d’écoute tourné à la fois vers le paysage et vers soi.


