Couvent des Clarisses, Roubaix - 2023
Performance réalisée lors de l'évènement HORROR VACUI organisé par Ouros dans la chapelle de la Sainte Trinité du monastère des Clarisses à Roubaix.
Dans sa définition la plus étendue, la musique est chargée de rendre accessible une légion de sons, apte à se déployer dans un espace territorialement circonscrit par son acoustique. Loin de l’âpreté obstinée de son caractère expérimental, de la constance ambiante de ses nappes sonores ou même de l’image de ses représentants noisiciens en pleine bataille contre leurs machines (David Novak, Japanoise: Music at the Edge of Circulation, Duke University Press, 2013, p. 159. Trad. Catherine Guesde, Noise et Nostalgie, Audimat, 2020), l’expérimentation musicale nous a permis de comprendre que les notions liées à la physicalité de l’espace sonore sont également liées à la nature de l’espace; à sa vocation. Non sans déplaire aux puristes, l’espace de l’église apporte un tout autre discours sur la musique, allant de la réverbération liée à son architecture à la quête du mythifiée et du mystifiant mené par le musicien, cherchant à traduire la bénédiction d’un lieu par les émotions. De l’autel au parvis, une note se pose sur une autre, les succession de mots s’ingèrent et s’estompent, le silence tarde à résonner. Du parvis à l’autel, l’espace est comblé par le son, envahit par le bruit, Horror Vacui.
Dans la chapelle Sainte Trinité du monastère des Clarisses, l’association Ouros nous convie à une expérience sonore privilégiant l’accointance entre le public et les musiciens, jumelé à l’atmosphère d’un monument unique. Mettant en lumière les musiques noise et expérimentales, Horror Vacui est un événement sonore qui présente les pratiques et les performances musicales de 5 artistes, agrémentant l’espace de la chapelle par un cohue de sonorités allant du bourdon ambiant à des murs de sons ardus. Au commencement, Alex Didier nous invite à parcourir un dispositif poético-bruitiste dans lequel ses sons ambiants transcendent l’écoute. De suite, Victor Villafagne, artisan de l’invisible, invoque les notions de la perception de la musique et son rapport avec l’humain dans son Phantom Music. Christophe Vaubourg manie le vacarme en explorant les sondes de ses structures sonores les plus fantasques dans son projet Radiation, tandis que Clairière, projet de Dungeon Synth, convoque sa voix et ses instruments lors d’une pérégrination dans un monde de sword and sorcery. Présentant un sacre de fin, Thomas Moësl, dans sa posture de chaman, nous incite à nous mouvoir dans plusieurs mondes sonores différents, enclenchant une vibration bourdonnante de l’espace matériel avec ses synthés modulaires. Outre l’exclamation mise sur l’expérimentation musicale, Horror Vacui forge un lien entre les artistes et les spectateurs à travers une célébration de l’écoute par la contemplation et de la contemplation par l’écoute.
Texte de Ala Chérif
Conception graphique par Gaston Bideau




